Photographie animalière: SVP, ne nourrissez pas la faune sauvage!

TOUTES
LES NOUVELLES

Retour
Photographie animalière: SVP, ne nourrissez pas la faune sauvage!

Par Victoria de Martigny

Au Québec, nous avons la chance de côtoyer une biodiversité incroyable! Par le fait même, des opportunités de photographie exceptionnelles se trouvent partout autour de nous, que ce soit en milieu urbain ou rural et ce, à toutes les saisons. Certains photographes animaliers plus « puristes » pourraient vous dire que les photos doivent absolument représenter les animaux dans leur habitat naturel. Cela dit, grâce à l’évolution vers des environnements naturels pour les animaux sous leurs soins, les institutions zoologiques éthiques et certains centres de réhabilitation offrent d’excellentes sources d’inspiration pour les amateurs de photo animalière. En fait, certaines de mes photos préférées représentent des animaux du Zoo Ecomuseum!

Ces temps-ci, je dois avouer que mes sujets photos les plus « sauvages » incluent surtout de jeunes enfants un peu irritables parce que l’heure de la sieste est passée. Par contre, avant que je ne me concentre sur les gens, il n’était pas rare de me voir dans les bois en train d’espionner un orignal, grelottant à Mirabel en attendant le passage d’un harfang des neiges, ou encore voyageant dans des destinations exotiques pour photographier des créatures à plumes, à poils et ou à écailles, d’où je ramenais mes photos en guise de trophées!

La plupart des photographes animaliers veulent obtenir cette photo « WOW » d'un animal insaisissable, connu pour être timide face à la caméra, ou encore le portrait accrocheur d'un animal sauvage en apparence assez proche pour que son regard fixe directement la lentille. Dans la poursuite de cet objectif, appâter ou nourrir la faune sauvage est devenu une pratique commune pour certains photographes. Bien que cette pratique produise effectivement d’impressionnantes photos, elle est en fait très nuisible pour le bien-être des animaux. En voici un exemple concret.

J’ai rencontré ce renard roux il y a quelques semaines, dans le stationnement d’un parc où je faisais une séance photo avec une famille. Au début, le renard nous observait à distance, regardant ce que nous faisions avec curiosité. Par contre, dès que nous avons approché nos voitures, il a dressé les oreilles et s’est approché de nous avec grand intérêt. Mes clients avaient trois jeunes enfants, donc j’ai suggéré qu’ils retournent à la voiture pendant que je prenais quelques photos. Son absence totale de peur et son intérêt très clair pour le contenu de mon sac m’ont porté à croire que ce renard avait été nourri par des humains auparavant. Comme vous pouvez le voir dans les photos, il semble très amical – presque comme un chien domestique. Sauf que ce n’est PAS un animal de compagnie. C’est un animal sauvage, avec des instincts naturels pour sa propre protection qui peuvent être imprévisibles.

Lorsque les animaux sauvages commencent à associer les gens à la nourriture, ils perdent toute peur de l’homme et commencent à approcher les humains et les voitures dans l’espoir d’un repas gratuit, comme ce renard l’a fait avec moi. Ces animaux ne connaissent pas la différence entre un photographe qui se promène avec un sac rempli de nourriture, et un enfant ou un coureur matinal. Une rencontre avec un prédateur affamé qui a perdu sa peur de l’humain ne se terminera pas bien – et la plupart du temps, ce sont les animaux qui paient le prix ultime de nos comportements, ceux que nous leur avons inculqué. Sans parler du fait que ces animaux ont beaucoup plus de chances d’entrer en collision avec des voitures en s’approchant de trop près. Le Zoo Ecomuseum est d’ailleurs le foyer de nombreux animaux qui ont connu un tel sort, blessés et ne pouvant retourner en nature suite à un accident de la route.

Nourrir les animaux qui se trouvent sous soins humains peut également avoir de graves conséquences. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu des photographes lancer une partie de leur repas dans les aires de vie d’animaux qui habitent des institutions zoologiques, dans l’espoir que ceux-ci s’approchent ou se déplacent à un endroit plus approprié pour leur photo. Ce que ces gens ne réalisent peut-être pas, c’est que ces animaux suivent des diètes contrôlées et suivies qui les gardent en santé. Ce petit morceau de saumon gardé du repas de la veille pour attirer le lynx pourrait être contaminé à la salmonelle, et cette saucisse à hot dog crue lancée chez les loups gris pourrait être contaminée à la listéria. Est-ce qu’une bonne photo vaut le risque de rendre un animal malade?

Nous photographions les animaux sauvages parce que nous les apprécions. Lorsque nous sommes assez chanceux pour observer le comportement naturel de ces magnifiques créatures, il est tout à fait légitime de vouloir partager ce sentiment d’émerveillement avec les autres. Mettre les animaux que nous admirons en danger pour obtenir une meilleure photo est non seulement égoïste, c’est également contraire à l’éthique de la photographie animalière. Assurons-nous de rester, ainsi que les animaux que nous admirons tant, en sécurité!

Victoria de Martigny est la propriétaire et photographe principale de Creative Perspectives Photography. Ses photos ont remporté des prix de la SPPQ (Société de promotion de la photographie au Québec), PWPC (Professional Wedding Photographers of Canada) et plusieurs compétitions internationales tel que Photo District News, Shutterfest and BetterPhoto.co. Elle photographie des familles, des bébés, des enfants et des événements spéciaux depuis 2008, et travaille actuellement depuis son studio à Ville St-Laurent.